Le premier festival international du film de RDC s’est ouvert ce vendredi à Goma : la troisième édition du Salaam Kivu International Film Festival (SKIFF) a commencé, organisée comme chaque année par le centre de création artistique et d’échange culturel Yolé!Africa

Vendredi 17 octobre 2008est un jour qui vient d’entrer dans  les annales de l’histoire des arts et de la culture dans le pays et dans la province du Nord Kivu. La ville de Goma reçoit pour la troisième fois le festival de cinéma SALAAM KIVU INTERNATIONAL FILM FESTIVAL. Dès l’ouverture le ton est donné, le festival donnera une voix aux sans-voix et célébrera la richesse de la différence.

La cérémonie commence par une caravane motorisée qui traverse la ville sur un parcours de 10 kilomètres pour se terminer au Jubilee Center de Heal Africa où un public nombreux attend déjà face à la scène. La grande salle de conférence est pleine à craquer, il n’y a pas assez de chaises. Le public attend dans l’enthousiasme et s’interroge sur les surprises que leur réserve l’organisation pour le coup d’envoi officiel de la manifestation.

Le plus vieux des artistes de Goma, le dramaturge congolais Grand-Père TSIMBA tire le rideau de la scène par la déclamation pleine d’émotion d’un poème qui appelle à la paix, à la culture et aux arts. Puis le coordinateur du SKIFF, SEKOMBI KATONDOLO donne au public le programme de la soirée.

« En initiant ce festival de cinéma à Goma il y a quatre ans, nous avons voulu contribuer à travers les arts et la culture à la construction d’une image positive de nous-mêmes, de nos concitoyens et de notre environnement, déclare  le cinéaste  congolais PETNA NDALIKO, initiateur du SKIFF et directeur du centre de création artistique et d’échange culturel Yolé!Africa. Les vies de mes concitoyens ne se limitent pas à développer leurs réflexes de survie en cette période de faible conjoncture socio-économique dominée par les conflits… Nous avons voulu prouver au monde que malgré tout, les Congolais sont capables de penser, de créer, de s’exprimer et de produire, ce que les artistes font à travers leurs œuvres. »

Aucun détail n’été oublié par les organisateurs, depuis la démonstration de taekwondo des jeunes talents du club AIGLE DE FER dirigé par maître TEDDY SALUMU, champion de la RDC, en passant par le spectacle de danse contemporaine de la compagnie Y!DANCE avec les frères jumeaux LWAMBO sous la chorégraphie de KATONDOLO BROTHERS, jusqu’à la première projection de film du festival.

Au total trois films sont projetés. For the Water, de Walter Astrada dans lequel le réalisateur du droit légitime et fondamental de l’accès à l’eau potable. Le clandestin, de Zeka Laplaine, 15 minutes d’images qui racontent la souffrance et la misère qui poussent certains dans l’immigration clandestine. Enfin Intervention Rapide, un court métrage de Katondolo Brothers sur la police nationale congolaise qui révèle des facettes insoupçonnées de cette institution. Chacun semble tirer le meilleur pour lui des films projetés. Le contact entre les réalisateurs, qui assistent tous à la projection et les spectateurs s’établit rapidement et le débat est riche.

Le public est très hétérogène : les personnalités politiques, les responsables des services publics et les gens de toutes les ethnies se sont côtoyés sans peine. Monsieur ou Madame tout le monde peuvent aborder sans gêne des personnalités haut placées. Le chef de la police du Nord Kivu a répondu aimablement et sans tabou aux questions du public. Cette autorité provinciale a ainsi pu répondre directement aux questions du public qui exprimait ses attentes et ses plaintes vis-à-vis de ses services. Un coup de chapeau donc au réalisateur de l’œuvre qui a réussi à rapprocher des catégories de personne que la réalité oppose de manière radicale. Ainsi la mission du festival se confirme : ce qui unit ou rassemble les gens à Goma, ce ne sont pas les idéologies ou les origines mais  plutôt l’art et les artistes.

Après le cinéma, la musique, les spectateurs sont conviés dans la cour intérieure du Jubilee Centre où le podium a été installé pour le spectacle musical. Il pleuvine, mais cela ne décourage pas le public. Le spectacle dure jusqu'à 23 heures 30 et l’enthousiasme du public qui danse et applaudit ne se dément pas.

La première journée commencée, la fête continuera jusqu’au 27 octobre 2008, 10 jours pendant lesquels les colloques, les ateliers, les spectacles de danse et de musique et les projections des films s’enchaîneront sans trêve.

 

La deuxième journée du SKIFF a été organisée devant le stade de l’unité de Goma…

Plus de mille cinq cents spectateurs et près de cinq cent motos se sont réunis devant le stade de l’unité de Goma, ce samedi 18 octobre 2008. La deuxième journée du festival de cinéma Skiff a marqué son score sur un podium magistral, un orchestre des jeunes de la ville accompagne les trois groupes du concert live : Tout Chic OBG Musica, Trilogy et Amundala Tartibu dit S3 dans son one man show.

Les trois groupes rendent un hommage mérité au reggae man sud africain Lucky Dube assassiné dans son pays il y a une année juste. Cet artiste avait consacré sa carrière à la défense des droits humains et des valeurs essentielles telles que la paix, l’unité, la justice, l’égalité et la solidarité.

« Nous à Goma nous décrivons les scènes de la vie quotidienne en dénonçant les dérives de notre société, déclarent les jeunes musiciens de Goma. Ici, nous affirmons notre complète adhésion au thème du festival SKIFF : la paix et l’unité dans la diversité. Notre contribution aura été de dire tout haut ce que nos compatriotes disent tout bas ou ne disent même pas. Nous disons NON à la guerre, OUI à la paix et à la promotion des droits humains. »

La projection en plein air du film « Intervention rapide » de Katondolo Brothers suscite des discussions animées. Particulièrement les motards qui manifestent fortement leur opinion pendant les 17 minutes de la projection: « C’est pour nous un plaisir et un grand honneur de suivre un film qui parle de nous et de nos problèmes à Goma. Chapeau bas au réalisateur qui a pense particulièrement à nous les motards »

Depuis 2006, lors des premières élections de l’histoire du pays, on n’a pas vu un public aussi nombreux, hétérogène et enthousiaste sur cette place aussi tard dans la nuit. Pendant  les dix jours du SKIFF, la culture et les arts tiendront le haut de l’affiche à Goma.

 

Les jours du SKIFF se succèdent mais ne se ressemblent pas. Chacun a ses couleurs particulières.

La troisième journée du Skiff, ce dimanche 19 octobre 2008, s’est ouverte par une matinée de Hip Hop Battles dans l’enceinte de Yolé!Africa. Treize groupes de jeunes de 12 à 18 ans  membres de Hip Hop Battle Goma ont participés à la compétition. Sous un soleil tropical, la sélection commence sous la guidance d’un jury qualifié : ANNA  MUINONEM, experte en danse et expression corporelle, SEKOMBI KATONDOLO, chorégraphe et directeur artistique de Y!Danse, CHITO LWAMBO, danseur professionnel et KASHITO, danseur. Six groupes ont été sélectionnés pour la finale programmé le dimanche 26 octobre 2008. Il s’agit de LIL’SAINTS, MAGIC CHILD, STREET DANCE, TEXAS FAMILY, B2K et FIRST MAGIC BOYS.

En même temps s’ouvrait à l’hôtel Karibu, le colloque sur la circulation des œuvres audiovisuelles en RDC sous la modération du cinéaste congolais PETNA NDALIKO. « Quelles stratégies pour faire connaitre nos œuvres ? Comment diminuer les frais de promotion imposé par les médias locaux ? Comment vendre nos œuvres ? » Voilà le fil rouge des échanges de 14 artistes venus de Yolé!Africa, ALKEBU Film Production, MULIKA TRUST, STUDIO DIGITAL LVC, BDIS, PROPULSION, STUDIO DMS, CPCC, AJCP qui participent activement à ce colloque.

Pendant cette troisième journée, un atelier de cinéma sur les techniques de prise de vue a été animé par le photographe argentin et reporter professionnel, WALTER ASTRADA au centre Yolé!Africa. La salle était comble, occupée jusqu’à la dernière place par les photographes de la ville de Goma. Ce moment de partage d’expériences entrecoupé par des illustrations photographiques s’est poursuivi bien plus tard que prévu, au-delà de la tombée de la nuit.

Le clou de la journée sur le grand écran de Yolé!Africa a été la projection des films : Steady Divine de Cleoapatra Hamaambo de Metropolis TV, Papy du réalisateur congolais Jo Munga Watunda, Haki Yetu Willie du réalisateur  Kenyan Ndugi Kithuku. Ces films ont été suivis par  52 spectateurs passionnés.

 

 
 

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